La morna

genre
La morna
Description: 

 

 

 

 

 

Photo : Henryk Kotowski

« Hymne d’amour, d’illusions et de mélancolie », disent les musiciens capverdiens à propos de la musique de leur pays la plus connue dans le monde. Depuis qu’une dame, qui marchait encore pieds nus dans les rues de Mindelo, sa ville natale, avait déclamé Miss Perfumado. En effet, la découverte internationale dès 1992 de la morna doit tant à Cesaria Evora sans que l’on sache vraiment qu’elles sont les origines exactes de ce spleen maritime. Certains disent que la morna vient du lundu, ou lundum, angolais ; d’autres affirment qu’elle est fille tropicale du fado de Lisbonne, lui-même musique à la filiation toute aussi controversée ; quelques-uns parlent d’une racine brésilienne, la modinha, elle-même d’ascendance portugaise ; enfin une autre catégorie lui trouve un héritage du côté des marins britanniques avec leur mourning (deuil), du verbe anglais to mourn, pleurer.

Mais, il y a aussi le portugais morno (doux, tiède) et le français morne. Apparentée au romantisme européen, la morna aurait d’abord été la chanson des salons bourgeois capverdiens avant que le peuple se l’approprie en remplaçant le piano par la guitare et en y introduisant quelques thèmes sociaux. Mais, héritière aussi du finaçon, chant de femmes dans le batuque, le genre le plus ancien et le plus noir des rythmes du Cap-Vert, la morna aurait été reprise par la bourgeoisie créole qui en extirpe ses racines africaines. Et si finalement, elle était le fruit de tout cela, car l’explication de ses sources varie selon l’idéologie d’une époque à l’autre. Mais l’essentiel est que tout le monde s’accorde pour dire que la morna serait née sur l’île de Boa Vista vers 1870, année de sa première chanson, Brada Maria, alors que la ville de Sal Rei est un centre économiquement important au Cap-Vert.

La morna émigre vers d’autres îles de l’archipel colonisé par les Portugais dès la seconde moitié du XVe siècle, notamment à Brava où le poète et écrivain Eugénio Tavares (1867-1930) l'imprègne d'un lyrisme qui se perpétue encore de nos jours en signant les compositions les plus connues du genre où il privilégie l'amour, la mélancolie, la saudade (sodade, en créole), délaissant la chronique sociale. Fils de colons portugais, Tavares est le premier intellectuel capverdien à revendiquer l’identité créole du Cap-Vert, une affirmation mal vue par les autorités coloniales de l’époque.

Dès les années 1930, la morna connaît une nouvelle évolution quand elle prend souche à Mindelo, sur l’île de São Vicente, avec notamment l’œuvre de Francisco Xavier Da Cruz dit B. Leza (1905-1958), qui la pare d’un accord original fait de variations d’un demi-ton. La morna de Mindelo s’impose alors à tout le pays. B. Leza lui a donné sa forme actuelle, moderne, plus douce et nuancée. Il y parle d’amour chagrin, loue ou brocarde des personnalités, évoque la politique. Le succès est immédiat. B. Leza sera le compositeur et le poète le plus repris dans la morna jusqu’à aujourd’hui. L’orchestration typique du genre se constituera de cavaquinho (cavaco, en créole), guitare, viola à cinq doubles cordes, des hochets chocalhos, parfois le piano d’antan y revient. Depuis le milieu des années 1960, l’instrumentation vit l’électrification initiée par la Voz de Cabo Verde, le groupe légendaire qui a parcouru les capitales du monde préparant l’avènement planétaire de Cesaria Evora.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com

discographie
albums relatifs
Mots cles
Région: 
Thème: 
regions proches
régions proches: 
instruments proches
instruments proches: 
artistes proches
sur le web
Partager | Translate
commentaires