Zeca Pagodinho : la fin des malandrins

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Zeca Pagodinho : la fin des malandrins

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Photos Laurent Giraudou

Le 30 septembre 2018, Zeca Pagodinho, l’un des artistes les plus populaires du Brésil, posait un pied à Paris. Une grande première en 35 ans de carrière. C’est dire s’il était attendu. Retour sur le concert quelque peu convenu d’un sambiste assagi.

La nouvelle en avait surpris plus d’un : Zeca Pagodinho en concert cet automne pour la première fois à Paris ! Un événement que les amoureux de la samba espéraient sans trop y croire. Encouragé à ses débuts dans les années 1980 par la chanteuse Beth Carvalho pour ses talents de versificateur, le moleque (gosse) des quartiers nord de Rio avait pourtant atteint en quelques années les sommets de la notoriété pour ne plus les quitter : 27 albums au compteur, dont trois « ao vivo » d’anthologie, enregistrés dans les salons sélects et feutrés de MTV, plus de 12 millions de disques vendus, 4 Grammy Awards latino, un label, Zeca Pagodiscos, et une prestation remarquée lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. L’artiste de 59 ans, dont le méga hit Deixa a vida me levar avait enflammé le Brésil pendant la Coupe du Monde de 2002, fait même l’objet d’une super production musicale retraçant sa vie de bohême, à l’affiche en 2018 dans les principales capitales du pays.

Avec un succès pareil, il eut été naturel de le voir enchaîner les tournées à l’étranger. Mais non. Aussi incroyable que cela paraisse, en tout cas chez nous, personne n’avait songé à l’inviter. Alors pourquoi un tel désintérêt pour le sambiste le plus populaire du Brésil ? Le genre continuerait-il à véhiculer stéréotypes et clichés auprès des promoteurs ? L’homme, qui tire son surnom, « pagodinho » – en portugais : petit pagode –, de la section du bloc de carnaval où défilait sa famille, est pourtant d’une bienveillance apparente et n’a jamais eu la grosse tête.

« Le secret de ma longévité ? C’est un cadeau de la vie », affirme-t-il. « Je ne décide de rien, tout est écrit ». Si ces premiers modèles sont ceux des chanteurs dits « malandros » comme Xangô da Mangueira, Aniceto do Imério ou bien encore Jabolô de la Portela, il s’est considérablement assagi. Sa musique, parfois très consensuelle, n’est ni plus ni moins que le reflet de la société brésilienne et incite plutôt à la bonne humeur.

Grâce à un pool de compositeurs qui l’entoure, l’artiste est devenu expert pour narrer le quotidien d’un peuple malicieux, celui des petites gens, des gens bien comme des moins bien. « Et les amours aussi », insiste-t-il, « les femmes : celles qui ont traversé nos vies et celles qui sont restées à nos côtés ». Un répertoire somme toute un peu trop lisse, sans dénonciations ni prises de position, mais qui lui a ainsi permis de faire l’unanimité.

Un bon moment donc, c’est ce que le public, à très grande majorité brésilienne, quand même, était venu chercher. Dans une Cigale archicomble, où la sélection de sambas d’avant concert est reprise d’une seule voix par les spectateurs qui les connaissent toutes par cœur, la star, entourée d’une dizaine de musiciens aussi effacés qu’efficaces, a, sans surprise, enchaîné ses plus grands succès. Des sambas populaires mais authentiques, de celles qui plaisent à toutes les générations.

Chantées dans un style gouailleur, à mi-chemin entre pagode et partido alto, elles sont l’héritage des rodas de samba du bloc carnavalesque Cacique de Ramos, lorsque Zeca rivalisait de bons mots avec les fondateurs du groupe Fundo de Quintal, les Arlindo Cruz, les Jorge Aragão, les Almir Guineto, avec qui il a contribué à transformer ces réunions du vendredi soir et ces battles improvisées en véritables spectacles musicaux. Des rodas qu’il continue d’animer avec ses proches, dans son fief de Xerém, à une cinquantaine de kilomètres de Rio, face à l’école de musique que le chanteur a fait construire pour sortir les enfants de la rue.

Seules entorses à ce show quelque peu convenu : trois titres du grand Zé Keti, légende de la Portela auquel Zeca lui-même avait apporté son soutien en enregistrant avec lui à la fin des années 1990, et un final déroutant qui aura mis en colère jusqu’à ses fans les plus inconditionnels : une brusque sortie de scène, sans présentation ni rappel, et surtout sans aucun remerciement pour ce public qui l’avait si longtemps attendu.

Par Stéphane de Langenhagen | akhaba.com

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