La Bretagne en grand au Festival d’Ile-de-France 2011

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La Bretagne en grand au Festival d’Ile-de-France 2011

L’édition 2011 du Festival d’Ile de France (du 4 septembre au 9 octobre) propose en une trentaine de lieux, souvent prestigieux, de la région parisienne plus de trente concerts où la Bretagne se taille la part du lion dès le premier jour de l’événement. Soit une quinzaine de spectacles en plein air qui débutent dès 12h30 au Domaine de Villarceaux, Val d’Oise, connu pour son grand château du XVIIIe siècle et ses splendides jardins.

Le programme, intitulé Terres de Bretagne ou Fest Deiz Braz, c’est 80 artistes qui montrent plusieurs facettes musicales du grand nord-ouest de l’Hexagone. En fait, il s’agit de plusieurs Bretagne, de celle du plus célèbre Breton du monde, Alan Stivell, à celle de la Rennaise Faustine Audebert, talent méconnu de chanteuse et pianiste de la nouvelle génération, qui s’est appliquée au chant traditionnel de Haute-Bretagne qu’elle interprète d’une voix gracieuse et métisse parfois de oud.

En terme de métissage, le vétéran Jacky Molard, probablement le meilleur violoniste actuel de musique bretonne, soutenu par la contrebasse, l’accordéon diatonique, le saxo, s’est uni à la chanteuse malienne Foune Diarra, elle épaulée par le kamele n’goni, le djembé, pour former N’diale, un groupe celto-mandingue remarquable.

Outre Faustine Audebert, Nolwenn Korbell est aussi une belle figure de la jeune scène bretonne. Originaire de Quimper, la capitale culturelle de Bretagne, Nolwenn déclame un folk moderniste, jouant entre les thèmes traditionnels et les langues, après avoir passé une dizaine d’années au pays de Galles où elle a chanté dans le groupe Bob Delyn a’r Ebillion. Autre groupe de la nouvelle génération, le quintette du joueur de bombarde Hamon Martin a vite acquis une notoriété de machine à danser raffinée, improvisant au chant, à l’accordéon, au cistre, sur gavotte, marche, mazurka, hanter-dro, ridée.

En se réunissant en 1998, le Trio Brou-Hamon-Quimbert, lui, est devenu l’un des meilleurs groupes a capella de la scène bretonne actuelle, donnant la part belle aux chants de Haute-Bretagne gallos et en français. Alors que les quatre Spontus jouent un swing subtil et vivace de violon, guitare, accordéon, concertina qui fait danser et leur attire un public de plus en plus large.

Eux, qui ont commencé au lycée, en 1996, en autodidactes inspirés par les disques des anciens. Bref, toute une génération qui doit aussi beaucoup à Alan Stivell, le fondateur du revival breton dès la fin des années 1960, vite suivi par d’autres artistes de France revivifiant leurs respectifs patrimoines régionaux.

Stivell (source jaillissante, en breton), héritier de la première harpe celtique du XXe siècle fabriquée par son père, a réussi à métamorphoser un folklore local en folk song universaliste. Une tradition celte muée en rock des racines ouvert aux métissages, berbères, noirs africains, afro-américains, tibétains, indiens ou plus récemment electro.

Son partenaire à plusieurs reprises, le guitariste chanteur Dan Ar Braz (Dan Le Grand), influencé tôt par les Rolling Stones, est lui aussi un modernisateur puissant de l’héritage celte qu’il popularise en 1993 en invitant plusieurs dizaines d’artistes irlandais, gallois, écossais, bretons.

Erik Marchand, c’est d’abord une voix granitique, une ouverture extraordinaire sur le monde quand il entretient avec passion les passerelles entre le chant de Centre-Bretagne et les musiques orientales qu’elles soient du monde arabe, du Rajasthan ou de Turquie. Joueur de clarinette bretonne (treujenn gaol), bombarde, il chante aussi avec des tsiganes roumains, des jazzmen, des Maliens ou le héraut du rock progressif hexagonal, l’Alsacien Rodolphe Burger. Excellent dans le festif kan ha diskan, Marchand fait se serrer les cœurs quand il chante la gwerz, le blues breton. Une richesse qu’il partage avec de nouveaux talents grâce à sa formation Kreiz Breizh Akademi.

Compère de Thierry “Titi” Robin à l’époque du Trio Erik Marchand, le chanteur a débuté très jeune en animant les festoù noz (fêtes de nuit) avec Yann-Fañch Kemener. Yann-Fañch (Jean-François), surnommé la voix d’or de Bretagne, prof à la faculté de Rennes, est un collecteur persévérant notamment de traditions de sa région d’origine, de kan ha diskan, gwerzioù (pluriel de gwerz), de sonioù lyriques qu’il mêle aussi de piano classique, violoncelle ou saxophone.

Originaire, comme Kemener, des Côtes-d’Armor, Annie Ebrel est actuellement la grande voix féminine de la tradition bretonne qu’elle mélange amoureusement avec le jazz du contrebassiste italien Riccardo Del Fra. Ses chants d’amour et de mort appris auprès de sa grand-mère agricultrice la poussent à apprendre le kan ha diskan auprès de Marcel Guilloux, le doyen, à plus de quatre-vingts ans, de cette première journée du Festival d’Ile-de-France (20 000 à 25 000 spectateurs à chaque édition).

Mémoire du chant breton, Guilloux l’interprète en public dès la fin des années 1950 alors que la popularisation des bals musette en Bretagne avait déjà ringardisé les festoù noz en et où parler gallo et breton faisait plouc. Un collecteur patient des traditions bretonnes, en particulier celles de Centre-Bretagne, auprès duquel plusieurs générations d’artistes bretons viennent apprendre. Fièrement.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com

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