Mémoire arménienne à la Cité de la musique, 1e partie

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Mémoire arménienne à la Cité de la musique, 1e partie

En attendant la suite le 1er décembre, la salle nord-parisienne débute mardi 27 novembre son cycle musical dédié à l’Arménie avec un Marseillais. La cité phocéenne est l’une des plus grandes villes arméniennes du monde où la diaspora représente les deux tiers de la population arménienne, originaire d’un pays réduit actuellement à un dixième de son territoire historique.

Ayant ouvert les yeux sous le soleil de Marseille, Lévon Minassian voue sa vie au doudouk (ou duduk), le hautbois emblématique de la musique arménienne traditionnelle, né à Gyumri. Ainsi, dans cette seconde ville du pays d’origine se tient tous les dix ans le Trophée des maîtres, un concours réunissant les plus grands joueurs de l’instrument national devant 100 000 spectateurs. Lévon l’a remporté en 2002.

Une juste récompense pour des années d’acharnement, depuis que Lévon s’est épris de passion à ses quinze ans d’un doudouk ramené d’Arménie par ses parents. Il a tout fait pour en apprendre la technique, le mystère, assistant aux concerts des musiciens arméniens de passage en France, les suivant jusqu’à leur hôtel pour en savoir plus.

Il quémande lors de fréquents voyages en Arménie le savoir des champions tels le regretté Valodia Haroutiounian et Djivan Gasparyan, les maîtres qui ont élevé le doudouk au rang d’instrument soliste. Lévon a partagé la scène avec ces aînés, jaloux de leurs secrets et avares de leurs temps, car il faut plusieurs années pour former un bon doudoukiste (ou dudugiste).

La consécration internationale de Minassian commence en 1992 quand l’ancien leader de Genesis, Peter Gabriel, la pop star la plus ouverte sur les musiques du monde, l’invite pour ouvrir pendant deux ans les concerts de sa tournée mondiale. Depuis, Lévon multiplie ses collaborations avec des célébrités de la variété française, du rock, de la world music, et autre orchestre philarmonique.

Avant cela, Lévon est déjà souvent sollicité pour composer pour des films pour le grand et le petit écrans, réussissant à donner à son instrument de prédilection un son fluide, faisant fi des fioritures futiles. Ses phrasés longs, son pouvoir d’évocation suscitent l’imagination. La nostalgie, la mémoire musicale arménienne sont déployées dans un langage nouveau. Des arrangements qui renouvellent la tradition avec un sens de la mélancolie qui ne se confond jamais avec la tristesse.

A la Cité de la musique, Lévon Minassian précède les interprètes d’une autre identité de la mémoire arménienne, le chant sacré que perpétuent les Armenian Voices, huit voix parmi lesquelles celle de la chef de ce groupe a cappella Sona Hovhanisyan. Une formation nourrie par l’extraordinaire travail de collectage de la tradition arménienne du moine, ethnomusicologue et chanteur mythique, le Père Komitas (1869-1935). 

Emanation depuis 1992 de la célèbre chorale Hover Chamber Choir, constituée essentiellement de diplômés du Conservatoire national Komitas dans la capitale arménienne, Erevan, les Armenian Voices sont lauréats de multiples concours internationaux. Des prix remportés grâce aux tessitures raffinées de leurs chants, des harmonies vocales précises et prenantes.

Par David Marif | akhaba.com | 2012-11-27

Lévon Minassian en concert à Erevan en 2009

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