Des Villes des musiques du monde au fil de l’eau

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Des Villes des musiques du monde au fil de l’eau

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Photo Ivo Pervan

C’est parti le 12 octobre pour un mois de concerts jusqu’au 11 novembre. Mais le véritable démarrage de la 13e édition du festival des Villes des musiques du monde est ce samedi 13 octobre pour une quarantaine de spectacles donnés pendant quatre semaines à Paris et en 18 communes de la Seine-Saint-Denis, le département le plus peuplé, le plus jeune, le plus cosmopolite de France, d’où l’appellation de sa copieuse manifestation musicale. Et probablement, le plus créatif, malgré les faits divers réguliers qui le stigmatisent.

L’ouverture du festival est un concept original, dénommé Canal’cade. Probablement un clin d’œil à la Carnavalcade, le mémorable carnaval défilant de Saint-Denis à l’occasion de la Coupe du monde de foot et l’inauguration du Stade de France en 1998. Mais dans la Canal’cade des villes du monde, point de masques ou de déguisements, sauf les costumes traditionnels de certains groupes. Il s’agit d’une croisière sur le canal de l’Ourcq, dédiée essentiellement à quelques rythmes méditerranéens, notamment croates, à l’occasion de la saison actuelle de la Croatie en France.

Trois navettes fluviales qui embarquent public et artistes vers la soirée d’ouverture au Cabaret Sauvage, au pied du périphérique Nord ; cette frontière ségrégationniste séparant le sanctuaire Paris de ses banlieues, notamment les plus populaires. Avant le but final, les spectateurs suivent une série de mini-concerts et autres animations sur les quais, à l’exemple de celui de l’énergique et swinguante Fanfaraï, une dizaine de fanas des cuivres et percussions.

Une troupe algéro-maroco-française qui ne revisite pas que le raï, le rock originaire de l’Oranie, mais aussi le chaâbi, le blues de l’Algérois et de Mostaganem. Avec derbouka, trompettes, saxophones, trombones, soubassophones, congas, timbales, tambour, le brass band francilien sait aussi glisser vers le jazz, les latin jazz et salsa, le rythme afro-arabe gnawi commun à tout le Maghreb, saccadé par les qraqeb, ou qarqabous, les crotales emblématiques de cette musique mystique et thérapeutique aux lointaine origines.

Une frénésie que l’on retrouve avec l’ensemble Gnawa du Cap d’Aulnay-Sous-Bois. Une troupe vouée à la percussion que mène Dahmane Khalfa qui, au-delà de la cadence gnawi, a approfondi sa connaissance des musiques traditionnelles déambulatoires et souvent mystiques du Maghreb, tout en accompagnant, entre-autres, Steve Coleman ou Idir. Sur le même quai, le trio acoustique Télamuré (accordéon, guitare, percussions), lui, renoue avec la tarentelle du Sud italien, autre culture festive et thérapeutique à l’âge lointain, et tout aussi mal considérée que la musique gnawi par les monothéismes dominants.

La Croatie a aussi un rituel pour chasser les démons et le mauvais œil, donné ici par Zvončari Muna de la région de Dalmatie. Des sonneurs de cloches en costumes traditionnels auxquels se joignent des porte-drapeaux et un porteur de tonneau de vin. Dans la même veine traditionnelle, la Croatie est aussi représentée par les Klapa Cakulone, une chorale fondée en 2001 par des étudiants de Zagreb pour perpétuer le chant a cappella répandu dans tout le pays pour célébrer l’amour, le vin, la mer et la terre, bref la patrie.

Autre groupe amoureux du chant, l’ensemble polyphonique masculin du Pays basque Anaiki revivifie depuis plus de vingt ans une culture aux racines puissantes. Une quarantaine de chanteurs, dont le nom de groupe signifie en français entre frères, fraternellement, qui  entretiennent une polyphonie particulière car faite pour des chœurs à voix égales et où se mêlent chants populaires médiévaux, grands textes liturgiques, exhumant de l’oubli d’anciennes mélodies orales et écrivant de nouvelles poésies. 

Au Cabaret Sauvage, entre dégustation de plats croates et sardinade, une autre Croatie est sur scène, celle de la rénovation, rock et pop nourris par la tradition. Installé en région parisienne, exilé de Zagreb, Darko Rundek chante une poésie qui invite au voyage et questionne aussi le monde. Des préoccupations que partage son compatriote, l’enfant de Split, Gibonni, engagé depuis longtemps dans les combats humanitaires avec un rock fleurissant sur le patrimoine de sa Dalmatie natale.

ar Dominique Dupeyron | akhaba.com | 2012-12-12

Le Teaser du Festival Villes des Musiques du Monde 2012

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