Vendredi copieux au festival des Villes des musiques du monde

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Vendredi copieux au festival des Villes des musiques du monde

C’est un 9 novembre copieux en événements musicaux en Seine-Saint-Denis où le festival des Villes des musiques du monde ne propose pas moins de cinq concerts et autant de genres et de mélanges. Et de la pureté du son, comme celle des improvisations limpides des Chinois Wang Li et Wu Wei (Le Cap, Aulnay-sous-Bois). Deux virtuoses captivants qui savent souffler une brise légère ou une tempête.

Maître des guimbardes et de la flûte à calebasse, Wang Li fait littéralement chanter ces instruments avec des vibratos obsédants que l’on croirait parfois humains. D’autres fois, sa musique prend des accents animaliers, se nourrit des frémissements de la nature et n’est jamais loin de la méditation bouddhique. Il s’associe cette fois avec son compatriote Wu Wei, un as de l’orgue à bouche sheng, pour des chorus haletants.

Un univers que ne dénierait pas la chanteuse franco-algérienne Soraya Zekalmi du groupe Darshan (Espace Jeunesse Guy Môquet, La Courneuve). Touchée par la grâce de l’hindouisme (le terme darshan signifie en Inde « la vision du divin »), Soraya conjugue dans son chant musiques traditionnelles arabe et indienne. D’ailleurs, la musique arabe a aussi des racines indiennes comme le prouvent brillamment les complices de Soraya, Aftab Gulab (chant, harmonium), Mohammed Al Mokhlis (violon), Marc Bogaerts (sitar, guitare acoustique, basse électrique) et Fattar Khan (tabla).

Le groupe est suivi sur les mêmes planches par un trio nouveau, adepte aussi des croisements musicaux audacieux, Forabandit (« être mis à l'écart », en occitan). Une incursion inédite dans les rythmes méditerranéens que mènent le Turc Ulaş Özdemir, le Marseillais Sam Karpienia, le Parisien iranien Bijan Chemirani. Avec chant, zarb, saz, mandoline, le trio compose une fusion qui célèbre l’esprit libertaire, la pensée rebelle des poètes d’Occitanie et d’Anatolie.

Venu en quatuor de l’autre hémisphère de la planète, le Malgache Rajery (Le Mille Club, Le Bourget), réputé pour son jeu de cordes renversant (valiha, kabosy, guitare) malgré des doigts manquants à la main droite. Nourri par les chants d’église, les traditions musicales des Hauts-Plateaux de l’Ile Rouge, Germain Randrianarisoa dit Rajery (prononcer Rajèr) métamorphose son legs en compositions modernistes qui universalisent les anciens rythmes salegy, antandroy ou rija, des cadences infernales pour les hanches.

Autre groove entêtant, la musique d’Antibalas (Espace Fraternité, Aubervilliers), une douzaine de gars de Brooklyn, vient d’Afrique. Leur afrobeat ghanéo-nigérian réactualisé ne serait pas renié par le défunt pape du genre, Fela Kuti. Leur rythme de cuivres percutants est aussi un juste retour des choses, puisque l’afrobeat s’est aussi accaparé du jazz et du funk américains pour inventer un souffle qui fait danser le monde depuis des décennies.

Par Dominique Dupeyron | akhaba.com | 2012-11-09

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