Rituels afro-caribéens à Paris

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Rituels afro-caribéens à Paris

Des danses suggestives, des rythmes déments, des transes extatiques qui célèbrent les morts ou la fécondité dans les rituels afro-caribéens sont à l’honneur les samedi 3 et dimanche 4 décembre à la Cité de la musique. Souvent publiques, parfois plus secrètes, les cérémonies africaines des Amériques latines fêtant les défunts, exorcisant la stérilité, sollicitant la fertilité, où les connotations sexuelles sont rarement loin, ont résisté à l’interdit de l’église catholique pour devenir maintenant des spectacles repassés plus ou moins fortement par l’ethnoscénographie. Deux troupes patrimoniales viennent montrer deux facettes de rituels issus de la Caraïbe.

Après la table ronde sur les pratiques rituelles autour de la mort conduite dans l’après-midi par l'ethnomusicologue Rosalia Martinez, le samedi 3 décembre, l’ensemble Punta Candela de la côte caribéenne de la Colombie, une dizaine de chanteurs et de joueurs de maracas, tambours alegre, llamador, bomba ou tambora qui signifie aussi bien un instrument qu’un genre musical, interprète l’héritage africain d’un pays qui a longtemps nié la part noire de ses racines. La Colombie commence à les réhabiliter ces toutes dernières années dans un pays de 47 millions d’habitants dont une dizaine de millions d’Afro-Colombiens. Outre la reprise du répertoire ancestral, le groupe Punta Candela réalise aussi ses propres compositions pour enrichir la tradition de leurs rituels funéraires marquée par le bullerengue. Une danse née dans les communautés marrons de la Caraïbe colombienne, cadencée par des chants soliste et en chœur, des percussions, frappes de mains pour invoquer la fertilité féminine et rendre hommage aux défunts. Une spiritualité au cœur d’une autre chorégraphie sans âge, le lumbalú qui anime les veillées funéraires et permet aux proches de garder le lien avec leurs chers disparus.

Animé par la famille Geoffroy, l’ensemble guadeloupéen Kan’nida (dimanche 4), lui, est un habitué des scènes de l’Hexagone (et internationales) où il développe son gwoka puissant, chroniqueur dans les soirées léwóz du quotidien, de la vie et de la mort. Son chant et ses tambours boula soutiennent cette fois Marie-France Massembo, une descendante des Congolais amener à travailler en Guadeloupe après la seconde abolition de l'esclavage en 1848. Elle fait revivre la cérémonie dite « grappe a Congo », en considération des aïeux partis dans l’autre monde et pratiquée durant un autre rituel dévolu aux ancêtres… la Toussaint catholique. Survivance d’un rite dit païen, non ?

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com

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