Amours et mysticismes de Syrie et de Turquie

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Amours et mysticismes de Syrie et de Turquie

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Photos Francois Guénet et Yvon Ambrosi

Lancé fin septembre, et jusqu’au 15 décembre, le 22e festival de l’Imaginaire présente ce week-end à Paris un quatuor magique de chants et musiques spirituelles et profanes de Syrie et Turquie avec la chanteuse Waed Bouhassoun et le flûtiste Kudsi Ergüner.

L’exploratrice Maison des cultures du monde

C’est la 22e année du festival de l’Imaginaire, imaginé en 1997 par la Maison des cultures du monde de Paris. Aujourd’hui, une saison lancée le 29 septembre et finissant le 15 décembre, qui nous présente des spectacles le plus souvent inédits, des rencontres de qualité en une quinzaine de spectacles donnés aussi bien en plusieurs lieux d'Ile-de-France et de province.

Depuis deux ans, l’Imaginaire est devenu un festival itinérant, après avoir perdu sa salle originelle, la Maison des cultures du monde abritée dans les bâtiments de l’Alliance française, dans le VIe parisien, pendant 35 ans. Trois décennies et demie où la Maison des cultures a exploré, fait découvrir en Occident des cultures méconnues d’ailleurs et aussi d’ici, parfois otages de conflits géopolitiques et d’autres fois dédaignées par l’élite de leur propre pays.

Waed Bouhassoun et Kudsi Ergüner unis par le soufisme

Ce week-end à Paris, l’Imaginaire présente un nouveau spectacle de deux complices qu’il a déjà réunis auparavant, le flûtiste turc Kudsi Ergüner et la chanteuse luthiste syrienne Waed Bouhassoun, diplômée en ethnomusicologie de l’université de Nanterre. Révélée il y a une douzaine d’années par le festival pour sa voix dense et douce à la fois, qui lui permet des variations de tons éblouissantes, Waed interprète avec la même émotion la tradition savante arabe, la mythique Oum Kalsoum ou la poésie soufie.

Ce mysticisme musulman qui fait le répertoire de Kudsi Ergüner, héritier d’une lignée de musiciens soufis, qu’il perpétue au ney depuis son installation en France en 1975 à travers notamment les enseignements du plus grand poète mystique de l’Islam, au sens de civilisation – d’où le i majuscule –, le Persan Jalāl ad-Dīn Rûmi (1207-1273) dit Mevlâna, en turc, de Mawlānā, « notre maître », en arabe, mort à Konya, capitale spirituelle de l’actuelle Turquie.

La Syrie et la Turquie se croisent musicalement

Waed et Kudsi sont accompagnés par Ruşan Filiztek et Neşet Kutas. Originaire de Diyarbakir, province du sud-est de la Turquie, Ruşan Filiztek chante d’une voix haute la tradition des bardes kurdes où se mêlent balades amoureuses, récits épiques, nostalgie et humour. Un répertoire qu’il magnifie avec saz, luth à manche long, baglama, le luth plus petit des bardes anatoliens, ou au jumbush, si ressemblant au banjo, très prisé dans les musiques populaires de Turquie et du nord de la Syrie. Diplômé de la Sorbonne en ethnomusicologie, Ruşan Filiztek est un stranbej, ce qui signifie en kurde musicien et chanteur virtuose.

Neşet Kutas est aussi kurde, né à Izmir, sur la mer Egée, diplômé du Conservatoire de sa ville natale. Installé à Paris en 2014, il est percussionniste et a poussé son art jusqu’à maîtriser de nombreux rythmes percussifs non seulement du Proche-Orient mais aussi du Maghreb, excellant en daf, rec, bendir, davul. Waed, Kudsi, Ruşan et Neşet constituent un événement où la Turquie croise musicalement la Syrie, deux pays liés par une histoire commune, celle de deux empires, l’arabo-musulman puis l’ottoman. Donc autant de métissages, de cultures communes.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com

Samedi 1er décembre à 18h et dimanche 2 à 17h au musée du quai Branly-Jacques Chirac, Paris XVIIe

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