Le Moyen-Orient sur Seine

concert

Le Moyen-Orient sur Seine

L’Institut du monde arabe (IMA) programme un week-end fort de musiques moyennes-orientales, mais pas que cela avec Youssef Hbeisch (chauve) et Ahmad Al Khatib (cheveux). Ce duo (vendredi 30 novembre), déjà habitué du lieu, vient y défendre son premier et unique album pour l’instant, Sabîl (en route), un disque, presque un événement tant l’enregistrement a pris du temps pour se concrétiser.

Pourtant, les deux compères sont complices depuis une quinzaine d’années, depuis la fondation en 1997 à Ramallah par le luthiste Ahmad Al-Khatib de son premier groupe auquel se joint le percussionniste Youssef Hbeisch. Aujourd’hui, leur musique est une composition originale où le maqam originel et savant est métamorphosé par leur jeu échevelé, leurs improvisations fougueuses, parfois méditatives mais toujours contemporaines.

Oud, derbouka, daff, riqq mènent un chorus intense, des entrelacements raffinés dépassant la musique arabe dans un jazz universel et oriental à la fois, voire vaguement hispanisant. Ici, point de nostalgie d’un âge d’or révolu, mais des compositions innovantes, futuristes entre ballades sobres et chevauchements frénétiques. Une transe, finalement un groove qui ne dit pas son nom tant la soif de liberté des deux virtuoses les affranchit de tout catégorisation.

A l'IMA, Al-Khatib et Hbeisch sont avec Béla, le quatuor à cordes français avec lequel le duo palestinien noue un dialogue de haute volée. Les six artistes inventent Jadayel (tresses, en arabe), une œuvre où les trois violons et un violoncelle classiques (Julien Dieudegard, Frédéric Aurier, Julian Boutin, Luc Dedreuil), le oud et les percussions orientales revistent leurs patrimoines respectifs pour créer un territoire musical sans frontières.

A Port-Saïd, sur le canal de Suez, l'Ensemble Al-Tanbûrah (samedi 1er décembre) rassemble plus de 15 musiciens dont certains ont trente-cinq ans d’autres jusqu’à quatre-vingt-dix ans. Des anciens que Zakaria Ibrahim s’est acharné à convaincre de sortir de leur retraite musicale pour former cet orchestre fin décembre 1988, pour remettre à l’honneur la simsimiyya, la lyre multimillénaire.

L’instrument emblématique des pêcheurs de la mer Rouge et de la Méditerranée égyptiennes semblait tomber alors en désuétude. L’opiniâtreté d’Ibrahim a aussi réhabilité la tanburah, dérivé de la simsimiyya, popularisé le folk de la région du Canal à toute l’Egypte où les deux instruments sont aujourd’hui enseignés dans les conservatoires. Avec leurs lyres, percussion, triangle, chant, Zakaria Ibrahim et ses amis ont été accueillis tels des héros en mars 2011 lors de la révolution de la place Tahrir.

C’est vrai que la simsimiyya et la tanburah ont accompagné les chants de résistance durant la colonisation britannique ou lors de la crise de Suez en 1956. Un esprit de contestation qui s’est poursuivi jusqu’à nos jours. D’ailleurs, Zakaria Ibrahim fut militant du parti communiste clandestin. Al-Tanbûrah mêle contestation, patriotisme, spiritualité, amour, le plus souvent avec humour.

Par David Marif | akhaba.com | 2012-11-29

L'Ensemble Al-Tanbûra reprend au Al-Tanburah Hall à Abdeen, au Caire, une chanson patriotique sur la crise de Suez de 1956, qu'il interprète aussi sur la place Tahrir lors du soulèvement contre Moubarak en 2011.

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