Souffles soufis sur Paris

concert

Souffles soufis sur Paris

Résonances soufies est une création de la chanteuse marocaine Naziha Meftah et de Ranine, un ensemble de cinq musiciens originaires du Maroc, d’Irak, de Turquie et de Belgique où ce spectacle est né. Naziha prête sa voix claire à quelques auteurs impressionnantes du mysticisme musulman pour chanter leurs poèmes célébrant le divin avec une telle ferveur et une sensualité confondante que la passion sacrée devient difficilement discernable de l’amour profane. Ils sont tous là, ou presque, les plus grands des mystiques de l’Islam, Mansur al-Hallâj (857 ?-922), le martyr, Moheïddine Ibn ’Arabi (1165-1240), le philosophe, et Jalâl ud-Dîn Rûmî (1207-1273), le poète, figurent au répertoire de Naziha et le groupe Ranine (résonances, en arabe), qui n’oublient pas d’interpréter aussi une des rares poétesse du soufisme, Râbi’a al-‘Adawiya, née vers 713 en Irak. On dit qu’elle fut danseuse, joueuse de ney, courtisane, peut-être prostituée, avant de consacrer sa vie à la gloire de Dieu jusqu’à ses quatre-vingts dix ans, retirée du monde.

Parisienne depuis plusieurs années, Naziha Meftah est née à Chefchaouen, ville du nord du Maroc qui a accueilli dès la fin du XVe siècle les exilés arabes chassés d’Andalousie, et venus donc avec leur musique avec laquelle a grandi l’artiste qui, très jeune, montre un don exceptionnel pour le chant, l’oreille aussi tournée vers le flamenco tout proche et les grandes cantatrices du Moyen-Orient. Comme toute jeune chanteuse du monde arabe, Naziha reprendra les chants d’Oum Kalsoum (1898 ou 1904-1975) et en particulier ceux de Fairouz avec lesquels elle se fera remarquer. D’ailleurs, Naziha a chanté avec l’ensemble d’Elie Achkar, le virtuose du qanun, ancien musicien de la diva du Liban, après des débuts avec le groupe Assanabil à Chefchaoun qu’elle quitte en 1988 pour des études universitaires à Paris où elle remportera un premier prix d’interprète de la chanson arabe. Elle enregistre son premier album en 1996 au Caire, rendant un bel hommage au grand poète syrien Nizar Qabbani (1923-1998), surnommé le poète de la femme, critique des régimes arabes, et qui a été chanté par de grandes voix orientales comme Abdelhalim Hafez (1929-1977).

Naziha Meftah collabore aussi avec Saïd Chraïbi, le sultan actuel du oud au Maroc pour une poésie melhoun du XIXe siècle. Naziha est au centre de Qayna, trio féminin vocal reprenant la tradition musicale et poétique des femmes constituées en véritable caste dans l’Arabie anté-islamique, à la manière des gheishas ancestrales, sur des compositions d’Abid Bahri qui a dû pratiquement réinventer la musique de l’époque. Ce Marocain de Bruxelles est l'inspirateur de Résonances soufies dont il compose toutes les pièces musicales dont une partie est aussi chantée par le luthiste Anwar Abudragh, en deuxième voix. Lui et Naziha sont épaulés par les bouzouki, oud de Bahri, la contrebasse d’Aykut Dursen, les percussions d’Ahmed Khaili et Peter Schneider, des musiciens aux chemins de maqam, jazz et musique classique qui mènent tous aujourd’hui à l’extase spirituelle.

Par David Marif | akhaba.com

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