Disparition de John Wright

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Disparition de John Wright

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Photo Patrice Dalmagne

John Wright vient de tirer sa révérence le 4 septembre 2013 en toute discrétion comme le fut sa vie de musicien, de chanteur et de chercheur en lutherie.

Né en Angleterre à la veille de la Deuxième Guerre Mondiale, il débarque sur les côtes de France avec comme fusil d’assaut … son violon qui ne le quittera plus sa vie durant. La musique occupera tout son temps du matin au soir, et souvent du soir au matin.

Partout où l’occasion se présente, John ne se fait pas prier pour interpréter et transmettre avec patience et détermination son très vaste répertoire qu’il se constitue lui-même à l’écoute d’enregistrements de collectage.

Son style, ses styles, se renforcent lors de voyages en Europe et Amérique du nord au contact des anciens fiddlers d’Angleterre, d’Irlande, des Shetlands et des USA, et des violoneux du Québec, de Louisiane mais aussi des régions françaises (Haute-Bretagne, Limousin, Auvergne, Dauphiné, Vendée, Poitou, Normandie, etc.).

Curieux de toutes les musiques non amplifiées, il arpente les campagnes françaises aux côtés de sa compagne, la chanteuse Catherine Perrier, fréquentant aussi bien Louise Reichert qu’Elie Guichard, Julien Chastagnol ou les frères Balfa.

Mai 68, le Larzac, les luttes anti-nucléaires, les manifestations contre les marées noires et bien d’autres causes sociales et humaines n’eurent bientôt plus de secret pour lui. Contestataire et pacifique, John incarne véritablement le mouvement folk en France que l’on peut dater approximativement de 1964 à l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981.

Ce mouvement, peu organisé mais très présent dans la jeunesse française, a tendance à fuir la société de consommation et se veut proche des mouvements alternatifs et écologiques, des causes régionalistes et humanistes. Tout le monde connaît John Wright et les amis de ce barbu non-violent se comptent par centaines.

Sur toute sorte de scène ou dans les innombrables stages qu’il anima pendant près de cinquante ans, sa voix sut charmer les oreilles du public français avec son bel accent, son humour tout britannique, ses éclats de rire, ses chansons et ballades et son inimitable toucher de violon.

Folkeux de la première heure, il écrit déjà en 1967, The Trump, un article sur la guimbarde, dans la revue Folk Music Ballads and Song. Mais c’est surtout en France qu’il mène sa carrière et commence par fonder avec Catherine Perrier en 1969 le premier club folk, sur le modèle anglais, Le Bourdon, qui, dans les années 1970, se réunissait le lundi soir à la Cité Universitaire de Paris.

Le voilà bientôt de tous les festivals, éphémères ou pérennes : Lambesc (1970), Malataverne (1971), Vesdun (1972), Pons (1972 & 1973), La Veillée des Veillées à Montréal (1975), Ris-Orangis, Monterfil, Saint-Chartier, Brest, et quantité d’autres. Avec Catherine Perrier, il est chargé par la Smithsonian Institution à Washington de la participation française au Folklife Festival en 1976, 1983 et 1989. Musicien polyvalent, il participe à près de vingt-cinq enregistrements de disques vinyls, puis de CDs.

John Wright et Catherine Perrier au Festival de Saint-Laurent dans le Berry en 1974

L’occasion lui fut donnée d’établir un catalogue raisonné de la collection de guimbardes du Musée de l’Homme (Paris) et plus tard de mener des recherches sur les vièles à archet finnoises. Ecoutons-le jouer de la guimbarde aux côtés du célèbre fiddler irlandais Ted Furey, ou encore avec ses frères dans l’album The Lark in the Clear Air. Suivons-le dans ses accompagnements inspirés au violon des chansons de Catherine Perrier.

Passionné de shanties, John participe à l’aventure du groupe Cabestan – à laquelle je fus un temps lié – et de beaucoup de productions du Chasse-Marée à Douarnenez. C’est lui qui établit le lien entre le dernier chanteur professionnel à bord d’un grand voilier, l’anglais Stan Hugill, et les jeunes chanteurs bretons en quête d’authenticité dans l’interprétation des chants de bord du répertoire maritime des côtes françaises au début des années 1980.

John était aussi un passionné de musique ancienne. Tant dans le jeu du violon populaire dit baroque, que dans celui d’autres vièles à archet, il sut allier théorie, recherche, lutherie et interprétation des répertoires du Moyen Âge et de la Renaissance, notamment les danses de Toinot Arbeau, aux côtés de la chercheuse-chorégraphe Francine Lancelot, ou du musicien anglais John Playford.

Ces dernières années le font participer activement à la redécouverte d’instruments médiévaux. Il dessine et joue sur des répliques de cordophones des XIIe et XIIIe siècle basées sur les sculptures représentant les Vieillards Musiciens de l’Apocalypse figurant sur le Portique de la Gloire (1188) de la Cathédrale de St Jacques de Compostelle. De sorte qu’il fut convié à  diriger le projet de l’instrumentarium roman de Nieul-sur-l’Autise (Vendée).

Ainsi John Wright fut aussi bien pionnier du folk français que découvreur d’instruments oubliés comme la guimbarde, le crwth gallois, le jouhikko finnois ou d’autres que l’on peut entendre dans les enregistrements de son ensemble Porque Trobar. 

Par Yves Defrance | akhaba.com

John Wright avec son frère Michael au 7eme Festival International de guimbarde de Iakoutsk, Sibérie, en 2011

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