Alep perd un des siens

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Alep perd un des siens

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Julien Weiss à Alep © Sabine Châtel

C'est avec tristesse que nous venons d’apprendre la disparition du cithariste Julien Bernard « Jalâleddin » Weiss (1953-2015). Autant dire que son visage rayonnant et son talent nous manquent déjà.

En 1976, Julien Weiss s’amourache du oud, et de la musique orientale avec. Le luthiste irakien Mounir Bachir fut l’un de ses premiers maîtres. Dès 1978,  il embrasse le qanun, qu’il étudiera auprès de maîtres à Tunis, au Caire ou en Irak. A cette époque, il apprend la plupart des traditions modales du Maghreb et du Moyen Orient.

Après quelques coopérations en France avec Hussein El Masry, il constitue en 1983 son ensemble instrumental Al-Kindî. Les indéfectibles Muhammad Qadri Dalal, Ziad Qadi Amin et Adel Shams el-Din s’y joignent bientôt. En 1988, l’association avec l'hymnode damascène Sheikh Hamza Shakkur (1946-2009) annonce une succession de projets et de tournées autour du chant. Et de la Syrie.

En 1995, Julien acquiert un ancien palais mamelouk du XIVe siècle dans la médina d'Alep. Le salon de musique sera la base d’Al-Kindî jusqu’à la fin des années 2000. Julien y travaille la composition, des mois durant. L’artiste célèbre l’endroit et ses réceptions musicales dans ses projets resplendissants Le Salon de Musique d'Alep (1998) et Les Croisades sous le regard de l’Orient (2001). L’artiste est au faîte de sa gloire. De Julien, la presse et le public occidentaux retiendront sans doute la vision « baroque » de ces réunions d’un autre âge.

Après Sheikh Hamza Shakkur, Al-Kindî enregistrera avec les maîtres Adib Dayikh, Sabri Moudallal, Omar Sarmini, Sheikh Habboush et l’irakien Husayn al-Azamî. Pour Les Derviches tourneurs de Damas (1999) et Transe soufie d’Alep (2003), Julien Weiss introduit les traditions mystiques des confréries mevlevi et rifaï d’Alep à la musique profane.

Julien Jalal Eddine Weiss, un maître français de la musique arabe (1997)
Un documentaire de Jean Louis Mingalon

La disparition de Moudallal (1916-2006) clôt, en quelque sorte, la période aleppine. Julien se tourne peu après vers la musique ottomane. Il avait d’ailleurs acquis dès 2003 une résidence dans le vieux Istanbul. Il concrétisera cette nouvelle orientation avec le projet Parfums ottomans - Musique de Cour arabo-turque (2006) avec le chanteur Mustafa Doğan Dikmen, puis la création Stabat Mater Dolorosa en 2008 avec la chorale byzantine Tropos. A chaque fois, la même réécriture ambitieuse de thèmes anciens byzantins et ottomans.

Les années suivantes, Al-Kindî se fait plus rare. A vrai dire, le temps de Julien Weiss en France est alors partagé entre la musique et les soins contre le cancer. Malheureusement, à partir de 2012, il subit de surcroît l’impossibilité de faire venir ses musiciens syriens. Autant dire que Julien ne boude pas son plaisir quand, en avril 2014, l’Institut du Monde Arabe lui donne l’occasion d’un set étincelant avec les derviches de Damas de Sheikh Hamed Daoud.

Hélas, la maladie l'a emporté aux premières heures de l'année 2015. L’homme et l’artiste n’en ont pas moins eu un destin extraordinaire. Un exemple d’implication pour tous les enthousiastes occidentaux. Nul doute que là où il est, le cithariste goûte à cette heure aux retrouvailles de ses compagnons de salon Hamza Shakkur, Adib Dayikh et Sabri Moudallal.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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